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XI-Après avoir parcouru les provinces autour de la capitale, j'ai voulu atteindre les limites du Royaume et aller même au-delà. L'idée de me rendre à Saïgon germait dans ma tête dès les premiers coups de pédales sur mon cyclo. Comment ne pas faire autrement que d'aller sur les traces de M.Coupeau, l'inventeur du cyclo pousse? Un défi, vu l'état de la RN 01 après les inondations du siècle. Je me suis souvent entraîné sur cette route qui mène à Neak Loeung, là où il faut prendre le bac pour traverser le Mékong
et ser rendre sur la rive qui vous em
mène jusqu'à la frontière khméro-vietnamienne. Le long de cette route, il n'est pas rare de voir les bus bondés des touristes »sacs à dos» passer à vive allure; jusqu'à cette ville la route est bitumée et partiellement abîmée.
Depuis l'asphalte défoncé de la RN Dl, à une vingtaine de kilomètres à l'Est de Phnom Penh, on atteint une Île artificielle plantée entre les rizières, un étang et le Mékong, y est érigé un temple de béton à la mode néo-angkorienne de style mi-bouddhiste, mi-brahmanique.
Dans ce temple vivait un python géant, « Chamroeun »,un des principaux personnages d'un film à succès khmer « la fille du serpent Keng Kang ». Le maître des lieux et propriétaire du reptile, le kru kong lun, a fait construire ce temple où se mêlent magie et croyances populaires, intemporalité et actualité. II aurait un contact privilégié avec les divinités en parlant avec son ami le serpent.
A chaque fois que je suis passé devant ce lieu, je n'ai pu m'empêcher de penser au grand mysticisme qui règne encore dans ce pays et surtout dans les campagnes. Ce moment m'a souvent permis de me remonter le moral au retour de quelques entraînements. difficiles, il était là pour me rappeler que je n'étais plus qu'à une vingtaine de kilomètres de la capitale.
Un jour qu'il faisait particulièrement chaud, j'ai emprunté le chemin qui mène à ce temple. J'ai découvert des villages en bois où les habitants en majorité vietnamiens, vivaient de la pêche sur les bords du Mékong. J'ai trouvé un endroit à l'ombre d'un arbre, j'ai laissé mon cyclo, enlevé mes vêtements et j'ai plongé dans le Mékong, l'eau était plus claire qu'en amont et d'une fraîcheur agréable, cette pause m'a permis d'appécier un moment de vie qui « valait son pesant d'or» Je commence à aimer cette
route qui doit m'emmener jusqu'à Saïgon.
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Pendant la préparation de mon raid courant décembre 2000, j'ai commencé à prendre des contacts avec l'Amicale des Français d'Ho Chi Minh et le Club Cyclistes des Vétérans s'est proposé pour m'aider dans mon projet. Ils v
eulent m'escorter environ 40 kms avant l'entrée sur le Centre de Saïgon et organiser une réception de bienvenue pour saluer mon arrivée. Leur Président Jean Duong échange des mails avec moi, je ne le connais pas mais je sens que c'est un homme chaleureux et enthousiaste. Hélène, une française, membre de l'Association FrancoVietnamienne, m'apporte également son concours.
Les jours passent et l'échéance approche. Le 10 février 2001, presque un mois avant de partir, je reçois le message suivant:
« Nous venons d'apprendre que les paysans des minorités ethniques des Hauts Plateaux au centre du Vietnam, se sont révoltés, je ne sais pas ce que cela veut dire exactement, mais une chose est certaine, la région est bouclée et interdite aux étrangers. » Inquiet pour mon visa, je suis l'évolution de la situation au travers des différentes dépêches de l'Agence France Presse.
L'ampleur des manifestations dans les Hauts Plateaux démontre le sentiment anti-vietnamien parmi les minorités ethniques, dix ans après l'érad
ication d'une lutte armée dans cette région.
Les manifestations ont été provoquées par les griefs des minorités concernant leurs terres ancestrales et leur foi religieuse principalement protestante, qui ont connu au cours des dernières années un afflux de « colons» de l'ethnie majoritaire Kinh ou Viets venus planter du café sur leurs terres préalablement déboisées.
Il faut savoir que le Vietnam est devenu le deuxième exportateur mondial de café; la colère des ethnies minoritaires s'est transformée en manifestations spontanées pour réclamer la restitution des terres confisquées.
De nombreux policiers anti-émeutes ont été déployés ces derniers jours à Bue Mue Thuot, capitale de la province de Dac lac, des hélicoptères survolent la région et des soldats ont également été dépêchés dans les points chauds. La capitale des Hauts Plateaux n'est plus autorisée à accueillir des étrangers.
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Même si la situation tend à devenir plus calme ces derniers jours du mois de février, des problèmes semblent néan
moins persister, cela n'est pas pour me rassurer à un mois du départ.
Je continue les préparatifs et j'attends avec anxiété mon visa et celui de ma famille qui doit m'attendre à Saïgon, le mois de mars est arrivé si vite, je me sens pris de vitesse. Enfin j'ai les autorisations administratives, un laisser passer pour mon cyclo pousse et les visas, je commence à y croire sérieusement. Le problème des Hauts Plateaux est bien loin du poste frontière de Moc Baï, je serais bientôt su~ les traces du français inventeur du cyclo pousse Maurice Coupeau.
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